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L'excédent commercial croissant de la Chine exerce-t-il une « pression » sur les autres nations ?

28.10.2026 15h33 

Suite à la récente publication par l'Administration générale des douanes des données sur le commerce extérieur de la Chine pour le mois d'août, de nombreux médias occidentaux ont souligné que l'excédent commercial chinois a dépassé les 100 milliards de dollars pour le quatrième mois consécutif. Les débats autour de cet excédent se sont intensifiés ces derniers temps. Michael Froman, ancien représentant américain au commerce et actuel président du Council on Foreign Relations, a récemment soutenu qu'à mesure que l'excédent commercial chinois continue de croître, le monde finira par atteindre un point où il ne pourra plus absorber une telle capacité de production, affirmant que cela pourrait déclencher la prochaine crise économique mondiale.

Il est indéniable que la Chine affiche un excédent commercial substantiel, et il est tout aussi vrai que certains groupes s'en inquiètent. Par exemple, les avantages concurrentiels que la Chine a développés grâce à ses chaînes d'approvisionnement industrielles complètes ont contraint les industries nationales aux États-Unis et en Europe à faire face à une concurrence intense, ce qui alimente naturellement un sentiment de crise dans ces secteurs. Par ailleurs, dans certains pays en développement, on craint qu'un afflux de produits chinois ne restreigne les perspectives de leur propre industrialisation. D'un point de vue macroéconomique, la question des déséquilibres des comptes courants à l'échelle mondiale fait depuis longtemps l'objet de débats universitaires ; lorsque la demande globale est faible, des excédents commerciaux importants ont tendance à exacerber la concurrence sur les marchés et à susciter des réflexes protectionnistes dans divers pays.

Si ces préoccupations ne sont pas dénuées de fondement, la responsabilité ne saurait être imputée à la Chine seule. Un excédent commercial est le résultat de la division internationale du travail et des structures spécifiques d'épargne et de consommation de chaque nation ; il ne s'agit pas d'un objectif que la Chine a délibérément cherché à atteindre. Depuis des années, la Chine s'efforce constamment de stimuler sa demande intérieure et d'accroître ses importations, visant ainsi une situation commerciale plus équilibrée. À l'inverse, les États-Unis et l'Europe, caractérisés par une consommation élevée, une faible épargne et des déficits budgétaires massifs, constituent une composante majeure des déséquilibres mondiaux, un fait pourtant souvent omis dans les analyses. Par ailleurs, les difficultés liées à la transition entre anciens et nouveaux moteurs économiques constituent un défi auquel toutes les nations, y compris la Chine, doivent inévitablement faire face.

Le fait que des marchandises soient exportées témoigne d'une volonté, sur le marché international, de les acquérir. Lorsqu'un pays produit davantage qu'il ne consomme sur son marché intérieur et répond aux besoins d'autres nations par le biais du commerce, il ne fait, en somme, que remplir la fonction fondamentale de la division internationale du travail. La récente croissance des exportations chinoises, notamment dans des secteurs tels que les circuits intégrés, les machines et les véhicules à énergies nouvelles, répond à une demande réelle, stimulée par la transition énergétique mondiale et la modernisation industrielle, et ne saurait être interprétée comme une expansion arbitraire ou artificielle des capacités de production. Cette dynamique a permis aux acheteurs sur le marché international de passer d'une situation d'« incapacité d'achat » à une situation où les produits deviennent « abordables » ; il s'agit là d'une contribution concrète et progressive.

Le véritable enjeu réside dans la volonté délibérée, chez certains, d'attiser et d'exploiter une « anxiété liée aux excédents » concernant la Chine, en politisant ce phénomène économique et en le transformant en instrument de confrontation, au travers de concepts tels que la « pression chinoise » (« China squeeze ») ou le « choc chinois » (« China shock »). Or, la réalité est tout autre : entre 2012 et 2024, la Chine a exporté pour plus de 30 milliards de dollars de machines textiles vers des pays en développement, permettant ainsi à des nations d'Asie du Sud et du Sud-Est de devenir des producteurs et exportateurs textiles majeurs. En exportant des infrastructures, des équipements, des technologies et des investissements vers le monde en développement, la Chine a aidé ces nations à améliorer leurs infrastructures et à développer leurs industries locales, offrant ainsi une voie vers l'industrialisation qui se distingue du modèle occidental. Si les exportations chinoises « comprimaient » réellement l'espace industriel d'autres nations, de tels développements auraient tout simplement été impossibles.

Historiquement, un excédent commercial n'a jamais été l'apanage exclusif d'une seule nation ; de plus, aucune crise économique mondiale n'a jamais été directement déclenchée par un excédent commercial. Le Royaume-Uni au XIXe siècle, les États-Unis au XXe siècle, ainsi que le Japon et l'Allemagne après la Seconde Guerre mondiale, ont tous maintenu d'importants excédents commerciaux à long terme à différentes périodes – les excédents de la balance courante de l'Allemagne et du Japon dépassant même 6 % de leur PIB respectif à certains moments. L'émergence de ces nations excédentaires était, dans tous les cas, le résultat de l'évolution de la division internationale du travail, et non un signe avant-coureur de crise. À l'inverse, les tentatives de « réparer » les excédents commerciaux par des barrières tarifaires et des restrictions commerciales n'ont historiquement fait qu'exacerber les tensions au sein de l'économie mondiale.

En réalité, l'inquiétude selon laquelle « le monde ne peut absorber une telle capacité de production » révèle une faiblesse plus profonde et persistante de la demande globale mondiale – une situation dont les racines remontent à la crise financière internationale de 2008. Justin Yifu Lin, doyen de l'Institut de nouvelle économie structurelle de l'Université de Pékin, a récemment souligné qu'avant la crise financière, le taux de croissance du commerce mondial était plus de deux fois supérieur à celui de l'économie mondiale. Depuis la crise, cependant, la croissance économique mondiale a ralenti, et la croissance du commerce a pris un retard encore plus important. Les États-Unis, l'Europe, les pays de l'OCDE et l'économie mondiale dans son ensemble sont entrés dans une période de faiblesse durable. Les puissances industrielles occidentales traditionnelles, en particulier, sont confrontées à une croissance atone, à l'érosion de leurs bases industrielles –due à la délocalisation de la production– et à des déséquilibres dans leurs structures d'emploi. Autrement dit, si la demande mondiale n'est pas suffisamment importante, ce n'est pas parce que la Chine en a accaparé une part disproportionnée, mais parce que le processus même de sa production a été fragilisé depuis la crise financière.

Ceci explique, dans une certaine mesure, pourquoi certains aux États-Unis ont avancé l'hypothèse que la crise mondiale avait son origine en Chine. En 2008, le marché immobilier américain a connu un fléchissement ; les prêts hypothécaires à risque ont été titrisés de manière complexe, et l'effondrement subséquent des prix de l'immobilier a entraîné un gel du crédit et une crise de liquidités, déclenchant finalement une crise financière mondiale. Aujourd'hui encore, la société américaine reste très sensible à l'idée que « les déséquilibres internes d'une grande puissance peuvent avoir des répercussions internationales ». Certains ont cherché à appliquer cette même logique au secteur manufacturier chinois, en faisant des suppositions qui négligent les différences fondamentales entre les deux pays en termes de structure économique, de moteurs de croissance et de modèles de développement.

En fin de compte, la survenue de la « prochaine crise économique mondiale », un scénario redouté par certains médias américains, dépendra de la capacité des principales économies mondiales à relever efficacement les défis de la transformation industrielle, des risques financiers et de l'insuffisance de la demande. Elle dépendra également de la capacité du monde à résister aux courants protectionnistes et à continuer de promouvoir une coopération ouverte.